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Enseignement

Comment faire pour inciter les jeunes à voter ?


Les causes de l’abstention chez les jeunes sont multiples. Certains manquent de connaissances sur l’offre politique ou ne se reconnaissent pas dans les offres existantes. D’autres ont le sentiment de ne pas réellement peser dans les décisions politiques. Le besoin de changer les règles en place (vote blanc, vote dès 16 ans) est également un des facteurs souvent mis en avant pour expliquer un taux d’abstention des jeunes qui risque d’être plus élevé cette année que lors des élections présidentielles précédentes.

La plupart des solutions proposées pour lutter contre le phénomène d’abstention chez les jeunes peuvent être classées en trois grandes catégories. Il y a les solutions qui impliquent un changement des règles du jeu : reconnaître le vote blanc, mettre en place un système de jugement majoritaire (selon la méthodologie développée par les chercheurs Michel Balinski et Rida Laraki) ou encore réduire l’âge légal à partir duquel une personne a le droit de voter (le baisser à 16 ans).




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Ces propositions sont au centre du débat sur la participation citoyenne depuis plusieurs années. Comme tout changement de règles qui encadrent les choix collectifs, leur mise en place doit faire l’objet de débats publics, d’études d’impact et d’une volonté politique de les mettre en œuvre. C’est un processus naturellement long. En attendant, la baisse de la participation des jeunes aux élections continue et risque d’avoir des effets dans le temps : un jeune qui ne vote pas aujourd’hui a moins de chances d’être un citoyen actif dans dix ans. Voter est en effet une habitude qui s’acquiert ou pas à un moment clé de la vie et qui détermine les choix futurs.

Une autre solution mise en avant par les récents sondages consiste à rendre le vote moins coûteux en termes de temps. Il a été proposé, par exemple, de mettre en place un vote électronique. Voter de chez soi comme on peut faire ses courses en ligne parait, à première vue, une excellente idée. Ce raisonnement ignore toutefois les raisons pour lesquelles on vote. Un article scientifique publié dans l’une des revues les plus prestigieuses en économie a montré que l’une des principales raisons pour lesquelles les gens votent est pour pouvoir montrer aux autres qu’ils sont de bons citoyens. C’est ce qu’on appelle vouloir jouer sur l’image qu’on renvoie aux autres.




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Ce type de motivation d’image impacte des comportements tels que le don de sang ou la disposition à faire des efforts qui bénéficient à une association caritative. Dans le contexte du vote, l’économiste suisse, Patricia Funk (2010) a montré que le fait d’avoir mis en place un vote électronique dans certaines communes suisses a eu comme effet une baisse plutôt qu’une hausse de la participation.

Expérimenter de nouvelles solutions

Il existe une troisième voie pour inciter les jeunes à voter qui consiste à utiliser des solutions peu coûteuses basées sur les apports des sciences comportementales. Ces solutions sont souvent appelées des coups de pouce (ou « nudge », concept théorisé par les chercheurs Cass Sunstein et Richard Thaler). Un des principaux apports des sciences comportementales est d’avoir montré qu’en matière de comportements socialement responsables la plupart des individus ont de bonnes intentions mais ont du mal à transformer leurs intentions en action.

Rendre le vote électronique serait-il moins coûteux en temps ?
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Dans le contexte du vote, les sondages montrent, par exemple, que la plupart des jeunes envisagent d’aller voter à l’élection présidentielle de 2022. Le risque est de voir un écart important entre l’intention déclarée et le comportement de vote révélé le jour de l’élection. Un des instruments qui s’est avéré efficace pour faire passer les individus de l’intention à l’action consiste à leur envoyer des rappels quelques jours avant le jour de l’élection ainsi que le jour du vote.

Dans une expérience menée en Norvège, ce type de rappels a eu un effet significatif sur le vote des moins de 30 ans, avec une augmentation de cinq points de pourcentage par rapport à un groupe témoin n’ayant pas reçu de messages de rappel. Les rappels fonctionnent principalement parce qu’ils permettent à celles et ceux qui les reçoivent de revoir leurs priorités.

Au cours des trente dernières années, les sciences comportementales ont mis en avant une multitude de solutions peu coûteuses à mettre en œuvre et qui ont montré leur capacité à inciter les gens à se comporter de manière socialement plus responsable. Ces solutions restent encore peu appliquées dans le domaine de la participation citoyenne à des élections. C’est pour cela que nous avons rassemblé un collectif de plus de 30 chercheuses et chercheurs en économie comportementale et expérimentale en France avec l’objectif d’utiliser les enseignements des sciences comportementales pour créer des solutions pour lutter contre l’abstention des jeunes et tester l’impact de ces solutions grâce à une expérimentation scientifique menée à grande échelle sur près de 10000 jeunes.

Certaines des solutions comportementales retenues s’appuient sur un résultat scientifique bien connu qui montre que nos décisions sont influencées par ce que font les autres, alors que d’autres solutions utilisent les résultats de travaux récents montrant que le simple fait de devoir tenir un discours sur l’importance d’un comportement (par exemple, l’importance de voter) peut encourager la personne qui tient le discours (par exemple, le jeune) à améliorer ses propres performances dans la matière (dans notre exemple, il pourrait y avoir un effet d’auto-persuasion).

Parmi ces solutions, certaines ont été pensées et formalisées avec des jeunes et une équipe de designers réunis aux côtés des chercheurs à l’occasion d’un atelier d’intelligence collective. Les solutions retenues ainsi que les résultats de l’expérimentation à grande échelle ne pourront être révélés qu’à la fin du projet de recherche-action pour éviter que toute communication autour du projet avant sa réalisation ne biaise les résultats. En attendant, vous pouvez suivre l’évolution du projet sur notre site 1vote1jeune.fr

Cet article a été co-écrit avec Pierre Baudry, associé co-fondateur, Okoni (BVA Group).



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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